Skip to content

la SainteLyon 2010 : un ultra-trail blanc de nuit

by doune on 06 décembre 2010

saintelyonSamedi matin, reveil à 8 h 30 pour aller au vieux-campeur afin d’acheter de quoi me nourrir et voir si j’arrive à trouver des guêtres pour aller sur mes chaussures de running. Le vendeur me rit au nez me disant que cela faisait plus d’un mois qu’il avait 5 à 6 demandes par jours à ce sujet, et que donc, les stocks sont vides ! Direction donc Gare de Lyon et le TGV, dans lequel je me forcerai à dormir. À Lyon, je retrouverai mon frère, sortant de soirée. On passera 2 heures ensemble et je file à Gerland et le palais des sports pour prendre le bus direction Saint-Étienne. Dans le bus, le hasard fait que je me trouverai à côté d’un supporter stéphanois. Du coup, ça chambra un peu. 17 h 30, on est arrivé sur place. Pas de queue pour récupérer son dossard, le temps de faire un petit tour du village (j’y trouverai des guêtres, qui auront protégés ma puce pendant la course, plus que protégés mes pieds de l’humidité) et 18 h 15 et plus rien à faire jusqu’à l’ouverture de la pasta-party et le départ à 0 h. Je tente alors de décrire ma position à Fabrice par twitter, n’ayant pas son numéro de téléphone, mais pas facile facile avec tout ce monde. Une petite sieste improvisée de 20 minutes, une discussion avec un petit groupe de coureurs du Jura et Cyril, aka Tercan,  arrive enfin sur les lieux. Une heure avant le départ, je le rejoins donc et fais la connaissance de Florent. Le projet est simple : 7 h 30 à l’arrivée… avec un temps de passage prévu à Sainte-Catherine à 3 h.

Le départ

Cyril nous met rapidement au courant : le départ, c’est l’une des principales pertes de temps que l’on peut éviter. On se place donc sur la ligne 15-20 minutes en avance. Il fait très froid, d’ailleurs, beaucoup de gens se demandent s’ils sont assez vêtus pour cette course. Cyril parie sur 2 à 3 minutes pour passer la ligne. Bingo, 2 minutes pour entendre le bip-bip au passage de l’arche du départ. C’est donc parti pour 8 km de goudron pas très sexy, mais qui permettront de faire l’échauffement. Je suis déjà un peu soûlé par les voitures de photographes qui remontent la course en klaxonnant pour forcer le passage. En plus, j’ai mis une couche en trop et je commence à avoir trop chaud.

Les chemins enneigés

On tourne alors dans la campagne et là, on trouve la neige. Le chemin a été tracé par un 4×4. Dans le sillon des roues, c’est correct et courable, bien qu’il faut faire attention au placement des pieds. Entre et à l’extérieur, c’est plus ou moins glissant. À cela, il faut rajouter des coureurs, manifestement trop lents et qu’il faudra doublés. Pas le choix, faudra jouer de l’épaule tout en restant courtois. Les chemins se succéderont aux traversées de champs et court passage sur route jusqu’à Sainte Catherine. Le halo lumineux formé par les frontales des concurrents nous devançant est juste magnifique, même pas besoin de se retourner pour le voir. Le passage au point culminant est quant à lui un petit calvaire à lui tout seul, la neige n’a pas été tracée à cet endroit, et l’on s’enfonce assez facilement dedans. Il fait -8°C, le vent se fait sentir faiblement. Cyril et Florent m’ont un peu distancé, mais je les garde en ligne de mire, tout comme monsieur Noël, un concurrent avec plein de diodes rouges sur son sac à dos. Dans la descente sur Sainte-Catherine, je perds la lumière, ma lampe frontale m’a lâché. Je chute. Je tente alors de rejoindre le ravitaillement tout proche pour effectuer un changement de piles, que j’avais pris en backup dans mon sac.

Sainte-Catherine, un nouveau départ

Une fois les piles changées, le portable checké où j’ai pu voir les messages envoyés par Aurélien pour m’encourager, je suis reparti sur la piste enneigée. Quelques minutes plus tard, la frontale refait des siennes… le voyant rouge m’indique je suis à court de batteries ! WTF ! je viens de les changer pourtant. Soit, pas d’autres solutions que de faire marche arrière. L’idée de l’abandon semble s’imposer d’elle-même quand je tombe sur le stand Petzl caché dans le chapiteau du ravitaillement. Une demoiselle m’offrit alors 3 piles et j’ai pu repartir (MERCI PETZL ! vraiment… ). À ce moment là, faut que je change mon état d’esprit parce qu’entre l’abandon qui me semblait obligatoire, mes jambes déjà bien lourdes, les 44 km restants, la perte de Cyril et Florent et donc du road-book, tout était prétexte à lâcher l’affaire. Je me suis donc forcé à me répéter dans ma petite tête « abandon n’est pas un mot de ton dictionnaire », « rappelle-toi la discussion avec Aurélien, même à cloche-pied tu iras à l’arrivée »… 15 minutes plus tard et quelques concurrents rattrapés, je cavalais à fond dans les descentes, à la limite du ski par endroits et mon mal de jambes avait disparu. La descente du bois d’arfeuille fut un véritable plaisir. Un nouveau gaillard était en piste pour une Saintexpress dans la Saintelyon.

La patinoire

Dans la suite de la descente vers Lyon, une succession de traversée de bois et de petites routes enneigées verglacées se présentaient aux coureurs. La difficulté était de repérer sur le goudron, grâce à la frontale, ces petites plaques sournoises. J’ai chuté une fois, un concurrent devant moi chutant un peu plus loin répondit « putain c’est la huitième fois ! » lorsque je lui demanda si tout allait bien. Prenant soin de ne pas chuter aussi bêtement, je permets à la machine de se refaire un petit peu et j’ai vraiment la sensation de pouvoir aller vite vers l’arrivée. Ma douleur au pied refit alors surface, comme prévu par le podologue, mais je n’y fis guère attention, elle était prévue celle-là. Je perdrais aussi beaucoup de temps (relativement parlant) dans cette portion, mais je reste confiant, d’ailleurs, je double monsieur Noël, qui a été mon point de mire pendant une bonne partie de l’épreuve. Ainsi, à chaque panneau affichant le nombre de kilomètres restants, je calcule rapidement mon temps d’arrivée et je me fixe alors l’objectif de finir sous les 8 h. Je me demande aussi si Cyril et Florent sont loin devant ou si j’ai une chance de les récupérer. Cyril ayant annoncé suivre son plan à la lettre et d’exploser en cours de route si explosion il y a.

La fin

Arrivé au ravitaillement de Beaunant, je demande à des demoiselles de me tenir LA barrière afin que je puisse m’étirer. Je tente ensuite de lever la patte pour m’occuper de mes quadriceps gauches, mais là, un début de crampes m’envahit, je remets donc cette idée dans la petite boite à idées intéressantes. J’attaque ensuite la fameuse montée de Saint foy avec un local de l’étape. A 750 m/h, on est vraiment facile. Dans la descente, je décide alors de lâcher la meute pour claquer ce chrono espéré. La fin de parcours sera cependant moins idyllique que je ne le pensais, en effet, le mixte neige/glace sur les quais de Saône ne m’enchante guère et je ne peux aller à la vitesse espérée. Ainsi, je dois réduire l’allure et la miniboucle, qui ne servait à rien, de chaque côté de la berge, cumulé au vent, ne me donne qu’une seule envie : tout claquer et aller à la chasse au caribou en Patagonie. Plus sérieusement, même en essayant de me focaliser sur l’objectif, les conditions font que je ne pourrai pas l’atteindre et le moral en prend un sacré coup. Je marche, je tente de recourir, voyant des groupes de concurrents me doubler, me disant « allez, rattrape encore celui-là et après tu te calmes, etc.., etc »… à quelques dizaines de mètres de l’arrivée, j’entends le speaker annoncé : « 8 h 15 de course ». Je passerai la ligne après 08 h 16 min 55,20 s en 776e place au scratch sur 5700 participants, la « Sainté de bronze » en poche. Je retrouverai alors Cyril et Florent, qui venaient eux aussi de passer la ligne, quelques minutes plus tôt, Florent s’étant fait une entorse dans l’une des dernières descentes de la course, ils avaient alors vraiment levé le pied jusqu’à l’arrivée.

L’après-course

Après s’être changé et non douché, car il fallait faire 300 m dehors dans le froid en marchant sur de la neige pour aller aux douches de la piscine de Gerland, je croise par hasard Benoit. Benoit me demande ce que je fais là et m’annonce fièrement avoir claqué la 8e (9e finalement) place du classement scratch de la compétition. Je perds alors de vue Cyril et Florent qui partaient voir le kiné pour la cheville meurtrie. Désoler les amis, je ne vous ai pas dit « au revoir ». :(

De retour à Paris, après le TGV et un pit-stop à Lyon chez un ami, je me rue chez Mac-Donalds afin de prendre un coca avec pleins de glaçons et un mac-Flury en guise de glace. Comme quoi, après en l’avoir subie toute la nuit, je ne reste pas fâchée avec ma nouvelle meilleure amie de la saison. Maintenant, place au repos et l’on verra bien plus tard pour la suite… suis fatigué là !

From → course à pied

37 Comments Leave one →
  1. Magnifique ton CR tu a vraiment du courage.

    • C’est pas du courage, c’est juste un soupçon d’inconscience mêlé à une envie de se surpasser avec une pointe d’entrainement sportif :)

  2. Bravo pour cette belle perf ‘ de bronze’…
    Et merci pour ce cr qui n’en fini plus de rappeler de bons souvenirs !

    • Effectivement, les CR rappellent des petits souvenirs, égarés ça et là dans la mémoire.

      Je suis content d’avoir trouvé un collègue runner de plus d’ailleurs indirectement grâce à cette saintélyon.

  3. Magnifique récit, après nous avoir fait rêver sur le suivi live de la course ! Et encore bravo !
    J’espère que le pied est OK…
    (J’adore l’expression « la petite boite a idées intéressante » !) ^^

    • J’ai qu’une seule envie … te dire MERCI ! Merci d’avoir suivi mes péripéties à distance.

      Le pied est OK, c’est un peu gonflé mais ca va se résorbé comme c’est venu… en plus, j’attaque le ski ce week-end, donc il ne sera pas solicité.

  4. Tu es un killer!!

    • faut remettre l’église au milieu du village… j’ai essayé de faire de mon mieux mais c’est perfectible encore.

  5. Excellent le récit, on s’y croirait ! Ça a vraiment du être épique cette neige. Bon repos bien mérité !

  6. Belle récompense après l’effort !!!
    Aujourd’hui, c’était la 1e fois que je courais dans la neige, et courir 10 km dans 10-15 cm de neige, ce n’est vraiment pas simple. Alors! Chapeau pour la performance.
    A force de lire des articles et voir des vidéos sur cette course, cela fait vraiment envie, mais c’est tout de même à 700 km de chez moi.

    • On m’a toujours dit « quand on veut, on peut ! » alors rendez-vous en 2011 pour prendre le départ de cette course :)

  7. Les piles qui lâchent deux fois,c’est vrai que ça doit affecter moralement, tu as eu une sacré chance de trouver « Petzl sur ta route au bon moment…comme quoi, rien n’est jamais figé et tout est toujours possible!
    Bravo pour cette performance, j’étais sur Lyon ce week end et j’ai bien pensé à vous tous avec ce froid, il faillait avoir un bon physique , mais surtout un bon mental!

    Encore bravo!

    • J’avoue que dans mon malheur, j’ai été très chanceux pour une fois. Merci Petzl ! et du coup, je ne me voyais plus autrement que passant la ligne d’arrivée.

  8. J’adore ton récit, j’ai eu peur en lisant ton envie d’abandonné, et pourtant je connaissais la suite.
    En tout cas super état d’esprit, tu as la gnaque, ça fait plaisir

    • Comment ça tu connaissais la suite ? Quelqu’un t’a donné le script avant même la lecture du film ? :(

  9. Un très très grand bravo pour cette course et le compte-rendu réalisé.

  10. excellent CR et encore une fois très belle performance dans des conditions très difficiles !
    c’est vrai que c’était sympa de suivre le live, plutôt bien conçu d’ailleurs :)
    un jour, j’y serai ^^

    • Comme pour Clara… merci beaucoup d’avoir pris le temps et d’avoir eu envie de suivre mes péripéties en live.

  11. Superbe Cr !! On s’y croyait !! Tellement d’ailleurs que je suis parti me chercher une petite laine, petit coup de froid en te lisant !! ;-)
    Tu vas maintenant gouter un repos plus que mérité !
    Pas mal l’idée du Mc Do, mais il y a tout de même plus simple pour avoir un bon prétexte d’y aller ! ;-)
    Encore chapeau pour ta perf’ !!

    • Pour info, j’ai pas besoin de prétexte pour aller au Mac Do mais là, l’envie était plus que trop forte pour être passée sous silence.

  12. L’année prochaine, on s’organisera encore mieux et on fera la fête ensuite…mais je crois que je vais rester sur la SaintExpress. Elle m’a bien emballé.
    Encore félicitation et à bientôt !

    • Pourtant, la plus belle partie de la course était les 24 premiers kilomètres à mon avis… ceux que tu n’as pas fait.
      Et clairement, si j’avais eu ton numéro de téléphone sous la main, je t’aurai appelé et on aura fait cela mieux. Ce loupé fait partie des trucs qui me resteront au travers de la gorge pour quelques jours encore.
      Sinon, j’aurai du parier avec toi que je te bâtais sur les 44 km de la saintExpress, j’aurai gagné un tshirt. :) mdr

      • les courbatures sont même pas encore parties que ça chambre déjà pour l’année prochaine…
        Belle mentalité ;)

  13. PipoRunner permalink

    Beau geste !

  14. Bravo pour cette course, le compte rendu est excellent.
    Les conditions climatiques, les contretemps… cette course est épique !!

  15. Bravo ! La saintéLyon me fais rêver, ton CR ne fait qu’ajouter de l’envie à tout ça !!! Rahhhhhhhh !!!

    En tout cas, bravo pour ta course, et pour être passé outre tes péripéties de piles ! Pas facile moralement…

    Bravo, mille fois fois bravo !

    Eponyme

  16. sqwal permalink

    Bravo à toi et beau récit, j’y étaiS aussi simplement avec le but de finir sans objectif de chrono.
    C’était trop bon….

    Ciao sqwal

  17. Julien Djozikian via Facebook permalink

    Tu reviens en 2012?

  18. Julien Djozikian via Facebook permalink

    Tu reviens en 2012?

  19. Julien Djozikian via Facebook permalink

    cool!
    on ne se quitte plus ;)

  20. Julien Djozikian via Facebook permalink

    cool!
    on ne se quitte plus ;)

  21. ta femme va être contente MDR

  22. ta femme va être contente MDR

Leave a Reply

Note: HTML is allowed. Your email address will not be published.

Subscribe to this comment feed via RSS

Switch to our mobile site